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PREMIERE STMG HISTOIRE CHANGEMENT POLITIQUE EN FRANCE AU XIXE SIIECLE

THEME III - L'ENRACINEMENT DE L'IDEE DEMOCRATIQUE EN FRANCE AU XIXème SIECLE

A - INSTABILITE POLITIQUE ET RETOUR DE LA REPUBLIQUE : 1815-1848

Après la défaite de Waterloo le 18 juin 1815, l'empire napoléonien disparaît. Napoléon est exilé sous protection et garde anglaises à l'île de Sainte-Hélène où il meurt le 5 mai 1821. En France, deux rois vont régner : Louis XVIII, qui règne entre 1815 et 1824 puis Charles X, qui règne entre 1824 et 1830. 

Ces deux rois sont les frères de Louis XVI. Charles X, autoritaire, provoque en 1830 une crise politique après avoir diminué les libertés publiques et réclamé le retour du drapeau blanc comme symbole du régime et de la France. Cette crise débouche en juillet 1830 sur une nouvelle révolution.

La Révolution des "trois glorieuses" a lieu les 27-28-29 juillet 1830. Cette révolution de 1830 amène la création d'un régime parlementaire (avec au centre la chambre des députés) et à la tête du pouvoir exécutif le dernier roi que connut la France : Louis-Philippe.

La Liberté guidant le peuple, d'Eugène Delacroix, un tableau peint pour commémorer les "3 glorieuses". 

En 1848, la monarchie est destituée par une nouvelle révolution qui réclame : l'instauration d'une république, le droit universel au travail et le suffrage universel. C'est la seconde République.  


B - LA SECONDE REPUBLIQUE : 1848-1851

La Seconde République proclame : l'abolition de l'esclavage (via la proposition de loi du député Victor Schœlcher), réforme de l'école pour augmenter le nombre d'élèves, instauration du suffrage universel masculin. Le vote devient gratuit, et universel (hommes seulement).

Mais, les élections présidentielles de 1848 amène l'élection d'un des neveux de Napoléon Ier, Louis-Napoléon Bonaparte, qui rétablit l'empire en 1851 après un coup d'état. 


Une gravure représentant les forces de la Révolution de 1848 contemporaines des événements. 

C - LE SECOND EMPIRE : 1851- 1870

Le régime impérial est autoritaire. Les libertés publiques sont réduites. Les journaux sont soumis à autorisation pour pouvoir paraître. Les opposants politiques comme Victor Hugo sont contraints à l'exil ou emprisonnés. Seuls des plébiscites (vote d'approbation) sont organisés.

Pourtant, le régime est un temps de développement économique de la France important. Les chemins de fer se développe, la bourse de Paris devient un grand centre financier (le deuxième après Londres). Les programmes scolaires sont rénovés, l'éducation encouragée. Le baron Haussmann change le visage de Paris par de grands travaux à partir de 1853. 




Portrait officiel de Napoléon III.




PREMIERE STMG 2022-2023 La Révolution française (partie 1)

 

CHAPITRE 1 - LA RÉVOLUTION ET L’EMPIRE (1789-1815)


PROBLÉMATIQUE : Comme la révolution française bouleverse-t-elle l'Europe entière, à partir de 1989 ?  


A. 1789-1790 : vers l'Égalité


La première partie de la Révolution française (1789-1791) est marquée par un objectif de rationalisation et de lutte pour l'égalité en France. 


Dans quel contexte apparaît la Révolution ?


Ce sont d'abord les problèmes financiers de la couronne qui amèneront les premières réformes.  


En 1788 le déficit financier est colossal. Louis XVI (monté sur le trône en 1774) ne peut plus honorer ses dettes. Pour résoudre ses difficultés financières le roi accepte de convoquer les États Généraux pour le 5 mai 1789. 


Plusieurs raisons à cette faillite toute proche des comptes royaux : 

  • le financement des guerres contre l’Angleterre au XVIIIème siècle,

  • le soutien militaire et financier apporté aux insurgés américains (la guerre d’indépendance des Etats-Unis a démarré en 1776), 

  • le train de vie de la Cour de Versailles et les pensions octroyées par le roi, aux nobles. L’affaire dite “du collier de la reine” à beaucoup choqué les Français.

  • De plus, les impôts récupérés par le trésor royal ont été faibles en 1787 et 1788 du fait des mauvaises récoltes.


Pour le roi, l’idée est de faire enregistrer par des représentants élus dans les provinces de nouveaux impôts et ainsi d’éviter au pouvoir royal la faillite. Comme il est d’usage de profiter  des États Généraux pour remonter au roi des revendications, les Français rédigent donc au cours de l’hiver des Cahiers de doléances dans lesquels ils synthétisent leurs difficultés et revendications dans l'attente du mois de mai 1789 et l’ouverture des États Généraux. Sur le conseil de Jacques Necker, son ministre des finances, Louis XVI a accepté pendant l’hiver l’idée du doublement des députés du Tiers-État.  


Le Tiers-État aura autant de députés (600 députés) que les deux autres ordres (la Noblesse et le Clergé, dont les membres sont également souvent nobles) réunis. Mais le vote se fera toujours par ordre (un ordre égal une voix).


La mise en place de réformes : le temps de la Constituante.


Dès la première séance du 5 mai, les ordres s’affrontent. Les députés du Tiers-État refusent le vote par ordre et le 17 juin les députés du Tiers-État font sécession et se déclarent Assemblée nationale. Ils considèrent désormais qu'ils sont les seuls représentants de la Nation. Ils invitent chaque député des autres ordres à les rejoindre dans leur salle, dite du “jeu de Paume” (un jeu de tennis primitif).


1.Localisez le roi, les représentants du Clergé, les représentants de la Noblesse et ceux du Tiers-État. 

2.Pourquoi l’organisation des États Généraux est-elle défavorable au Tiers-État? 


Le 20 juin, réunis dans la salle du jeu de paume, ils prêtent serment de ne pas se séparer avant d’avoir élaboré une constitution pour la France. L’Assemblée se déclare alors Assemblée nationale constituante et dans Paris on parle de “Constituante” pour la désigner.


Le 23 juin, les députés du Tiers refusent tout travail par ordre. Alors qu’un courtisan envoyé par le roi demande qu’ils quittent la salle le député du Tiers, Honoré-Gabriel Riqueti de Mirabeau l'apostrophe : 

« Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et qu'on ne nous ne sortirons que par la force des baïonnettes! » 

Louis XVI aurait alors répondu très vulgairement:

« Hé bien, foutre! Qu’ils restent! » 


Pour soutenir cette nouvelle assemblée que Louis XVI tarde à reconnaître, des milices se  forment dans Paris, les gardes françaises. Des émeutes éclatent dans les faubourgs et des magasins sont pillés. Beaucoup de parisiens sont affamés car le blé coûte de plus en plus cher. 


Le 14 juillet 1789, craignant que le roi n’étouffe la révolution naissante une foule de parisiens et de miliciens s’empare de la Bastille, symbole royal de l’oppression dans le but de trouver des armes pour défendre l’Assemblée nationale constituante d’une possible attaque des troupes royales.


1.Que venaient chercher les citoyens à la Bastille?

2.Pourquoi la chute de la Bastille symbolise-t-elle la chute

de l’arbitraire royal? 


Au cours de l’été la Révolution s’accélère. 

Dans les campagnes, c’est la Grande Peur, des paysans affamés pillent les magasins et attaquent également les châteaux seigneuriaux pour brûler les registres où sont conservés les impôts et tous droits seigneuriaux.


La nuit du 4 au 5 août 1789, l’assemblée constituante confirme cette destruction des impôts et droits seigneuriaux entamés dans les campagnes en abolissant l’ensemble des privilèges et des droits seigneuriaux pour l’ensemble du territoire français. En une nuit, l’Ancien Régime, l’ordre organisationnel du royaume de France né au début du Moyen-Âge disparaît.


Le 26 août 1789, l’Assemblée Nationale constituante proclame l’égalité entre tous les citoyens dans un texte fondateur des droits humains : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, où sont affirmés les principes d’une société juste : liberté, égalité, fraternité.  



1.Que font les personnages représentés?

2.Retrouvez : les représentants de l’Assemblée Nationale, les membres de la Garde Française, les sans-culottes, le chœur des femmes, les musiciens, l’arbre de la Liberté avec sa cocarde?

3.En quoi les cérémonies de plantations d’arbres de la Liberté (entre 1790 et 1794) permettent-elles d’affirmer (d'enraciner) la Révolution au cœur du territoire français? Quel idée symbolique est défendue ?


B. 1790-1792 : La fin de la royauté


À partir de l’été 1789, Paris, où siège l’Assemblée nationale redevient le centre de la vie politique française. 

Le 14 juillet, la Bastille est tombée. 


Au début de l'automne, (le 6 octobre) le roi et la famille royale s'installent à Paris dans le château des Tuileries (près du Louvre) sous la contrainte de l’Assemblée et d'une marche de femmes venues réclamer du grain et une audience royale. Le 12 octobre 1789, l'Assemblée s'installe également à Paris (dans le manège des Tuileries

contre le palais du roi).


L’Assemblée nationale devenue assemblée constituante (puisque qu’elle s’est donnée la mission de “donner à la France une constitution” le 20 juin lors du serment du jeu de Paume) réorganise la France. 


Quelques grandes réformes de la “Constituante”:

- Nationalisation des biens du clergé (2 novembre 1789) et création du “domaine national” par agglomération des biens du clergé et des biens de la Couronne dans le but de rembourser les dettes de la couronne et de gager les “assignats” (la première monnaie papier nationale). 

- Suppression des rentes, redevances et des dîmes (impôts payés à l'Église) et création de nouveaux impôts payés par tous.

- La Constituante affirme l’unité du pays. 83 départements sont créés afin de simplifier l'administration.

- Suppression des corporations et des associations professionnelles.  

- Interdiction de la torture.

- Création du mariage civil, de l’état civil et autorisation du divorce. 

- Constitution civile du clergé (12 juillet 1790), les prêtres doivent prêter serment au nouveau pouvoir.

- Rationalisation et unification des poids et mesures (adoption du mètre le 26 mars 1791).

- Fin des discriminations légales à l’endroit des protestants et citoyenneté octroyée aux juifs.



Cette carte montre bien l'objectif de rationalisation tous azimuts de l'Assemblée Nationale constituante. Cette carte, présentant une ébauche de départements de forme carré est présentée à l'Assemblée le 29 septembre 1789.



1.Dans quelle mesure cet assignat, un moyen de paiement, apparaît-il également comme un outil d’affirmation de la nation? 

2.Quelles mesures sont prises (dans sa fabrication) pour empêcher les contrefaçons?


Le 14 juillet 1790 le gouvernement célèbre lors de la fête de la Fédération l’unité et la réconciliation des Français mais les difficultés demeurent. Les célébrations sont présidées 

par le marquis de Lafayette, homme faisant le lien entre la Révolution et la famille royale.

L’Église est divisée face à la constitution civile du clergé  et face au salariat des prêtres. 

Par ailleurs Louis XVI est de plus en plus hostile à la Révolution. 



1.En quoi le marquis de La Fayette s’affirme-t-il ici, dans ce portrait (peint en 1834 mais le représentant en 1791) comme un soutien de la Révolution?


Le 3 septembre 1791, la constitution est enfin adoptée. Olympe de Gouges, une femme politique et également célèbre pour ses écrits de théâtre rédige et publie en septembre 1791 une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Elle réclame l’égalité des droits; comme elle soutient l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. 


La France devient une monarchie constitutionnelle où le pouvoir est partagé entre le roi et une assemblée élue. Mais dès le début de son application, le système fonctionne mal. Louis XVI s’oppose par veto à l’assemblée et freine l’application des lois votées. Il soutient publiquement les prêtres réfractaires, il est ouvertement opposé à l’abolition des privilèges. De plus en plus isolée, effrayée par les "Sans-Culottes" (les partisans les plus radicaux de la Révolution, qui souhaitent une république) opposée à l’Assemblée et aux réformes, la famille royale organise une tentative de fuite pour le printemps 1791. 


Le 20 juin 1791 le roi et la famille royale ont quitté Paris déguisés en direction de la frontière de l’Est. Louis XVI et la famille royale sont reconnus et arrêtés à Varennes, en Argonne le 21 juin 1791 (Louis XVI a été reconnu par le maître de poste, Jean-Baptiste Drouet, à l’aide d’un assignat ou d’une pièce de monnaie portant son portrait, comme ci-dessous).




Dans les clubs politiques l’idée s’impose de la déchéance du roi. Les clubs sont des endroits publics ou des questions politiques et philosophiques sont débattues, les plus célèbres sont le club des Jacobins et celui des Cordeliers à Paris). Celle-ci est votée le 10 août 1792 la monarchie constitutionnelle est suspendue. La France est de fait, désormais, une république. 



Deux portraits de révolutionnaires. Robespierre “l’Incorruptible” à gauche et Danton à droite, deux Jacobins favorables à l’instauration de la République.

Deux portraits de révolutionnaires. Robespierre “l’Incorruptible” à gauche et Danton à droite, deux Jacobins favorables à l’instauration de la République. 


Mais depuis l’étranger, la réaction des nobles s’organise. 

Les monarchies (Prusse et Autriche) soutiennent les “émigrés” (des nobles qui ont quitté la France à partir de l’été 1789 et qui complotent et s'arment contre la Révolution).  

Le 20 Avril 1792, l’Assemblée vote la déclaration de guerre contre l’Autriche et organise le combat contre les émigrés. 


C. La Première République


Le 20 septembre 1792, l’armée prussienne alliée de l’Autriche attaque la France et est vaincue à Valmy. C’est une grande victoire pour les soutiens de la Révolution.


Le général Kellermann harangue ses troupes à Valmy le 20 septembre 1792 (affiche scolaire des années 1950.

Le 22 septembre 1792 l’Assemblée législative proclame officiellement la République et le 21 janvier 1793, le roi est guillotiné à Paris. L’Assemblée prend le nom de Convention nationale et devient le centre unique du pouvoir.

En Europe, suite à la mort du roi, une nouvelle coalition se forme parmi les souverains étrangers contre la France. Dans l’Ouest, en Vendée et en Bretagne, aidés par l’Angleterre, des paysans, des bourgeois et des nobles se soulèvent contre la République: c'est l'insurrection de Vendée (celle-ci durera jusqu'en 1796), les insurgés se surnomment eux-mêmes les Chouans.

La guerre et les révoltes intérieures affaiblissent l’économie française. Les Sans-culottes réclament alors des décisions radicales pour sauver la République. Un gouvernement révolutionnaire, le Comité du Salut Public est créé, il est dirigé par Maximilien de Robespierre, une figure du parti des “montagnards”, un Jacobin.

La loi des suspects et la mise en place d’un tribunal révolutionnaire permettent d’arrêter, de juger et d’exécuter sans appel les personnes désignées comme ennemis de la Révolution.

Les députés les plus modérés sont arrêtés à partir du mois de juin 1793 et exécutés (comme les Girondins arrêtés collectivement et guillotinés le 31 octobre 1793, comme Jacques-Pierre Brissot de Warville). 

Robespierre, assisté de Saint-Just et de Billaud-Varenne a instauré un gouvernement révolutionnaire et décrète la Terreur, instaurée par la loi des suspects le 17 septembre 1793 puis par la loi du 22 prairial an II qui ouvre  la période de “Grande Terreur”. Ce gouvernement d'exception sauvegarde la République mais il est marqué par une répression importante et souvent injustifiée.

Quelles décisions marquent la radicalité du gouvernement de Robespierre?

- Le commerce et l’industrie sont encadrés. On parle de “dirigisme économique”.

- Les lois sur le "maximum des prix" encadrent les prix et les sans-culottes surveillent le commerce des grains pour permettre d’écarter la famine. 

- Des mesures sociales sont prises : aides et assistances aux pauvres, aux veuves. Le 5 octobre 1793, le calendrier est déchristianisé, l’année 1792 devient l’an 1 de la liberté. Les mois portent des noms de phénomènes naturels. La décade est adoptée.

Mais la répression est terrible, 17 000 personnes sont guillotinées, 20 000 sont fusillées, dont de nombreuses femmes. On estime que les répressions de la Terreur entraîneront la mort d’environ 100 000 personnes en France, hommes, femmes et enfants.

1) Comment est mis en scène dans cette gravure le soutien populaire à l’exécution de Louis XVI? 


Robespierre fait interdire la religion chrétienne et instaure un nouveau culte dédié à l’Être Suprême. Des églises sont profanées, transformées en ateliers ou en prisons. Le mariage est uniquement civil et désormais le divorce est autorisé. 


En octobre 1793 les tombeaux royaux de l’abbaye de Saint-Denis sont profanés. 


Le 16 pluviôse an II (selon le calendrier révolutionnaire) soit le 4 février 1794, l’esclavage est aboli. 


Isolé à la Convention, affaibli, Robespierre est accusé le 27 juillet 1794 (9 thermidor an II). Il est guillotiné le 28 juillet 1794 sans jugement après avoir été arrêté dans les locaux de la maire de Paris, où le maire est favorable à la Terreur. Avec sa mort et celle de ses derniers partisans, c’est la fin de la Terreur. 


Thème 3: La Troisième République avant 1914 : un régime politique stable, démocratique, et colonialiste

Chapitre 1. La construction d'une république parlementaire puissante

La guerre franco-prussienne de 1870-1871 avait entraîné la proclamation soudaine de la république le 4 septembre 1870. 

En effet, le 4 septembre, à 14h30, une foule de Parisiens mobilisés, enhardis par les journaux, avait envahi le palais Bourbon, siège du corps législatif impérial, pour y réclamer la proclamation de la République. Les parlementaires en ce 4 septembre, midi, sont autant épuisés qu’enfiévrés. La séance avait en effet démarré à 1 heure du matin. Et les parlementaires s'oppose sur la suite à donner à la journée. Pour Léon Gambetta, c'est clair, la France revit les événements de 1792. Il faut donc aussitôt proclamer la République. Pour Adolphe Thiers, homme de gouvernement, ancien ministre de Louis-Philippe, beaucoup plus circonspect et tiède, on ne peut balayer ainsi vingt ans de Second Empire, il ne faut point trop s'engager, un simple "comité de gouvernement et de défense nationale", provisoire, doit être créé.

De fait Thiers veut la paix et l'établissement d'une monarchie constitutionnelle, sur le modèle de ce qu'il attendait de la monarchie de Juillet (la Monarchie de Juillet qui dure de 1830 à 1848 est monarchie placée sous l'égide de Louis-Philippe d'Orléans (la poire... vous devez vous souvenir). Et Thiers est, profondément, resté un orléaniste conservateur, qui souhaite un roi appuyé par un parlement puissant, à l'anglaise. Mais il sait que les monarchistes sont divisés entre les orléanistes, partisans du retour au pouvoir d'un prince de la maison des Orléans (et en particulier sous la direction de Louis d'Orléans, fils le plus âgé encore en vie de Louis-Philippe) et les légitimistes (les partisans du comte de Chambord, le très actif petit-fils de l’intransigeant Charles X, dernier frère de Louis XVI ayant régné (1824-1830), le successeur de Louis XVIII (1815-1824) le "roi-fauteuil", la gangrène, vous devez vous en souvenir...).


https://encrypted-tbn0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcR_ez7VyAsjAlCEk3IdCxG6OpgZtY-uxeMK-zSZjyr9s1qmoAzpTQfzQlBDZp-WLsbCekU&usqp=CAU  Adolphe Thiers en 1871, premier président de la République. Il lance la mode du portrait présidentiel photographique.

En face, Léon Gambetta, Jules Ferry, les républicains modérés, favorables à l'économie de marché et à un régime républicain bourgeois conservateur sont unis mais peu nombreux. Par ailleurs ils sont, contrairement aux monarchistes (orléanistes comme légitimistes) favorables à la paix avec les troupes de Guillaume Ier de Prusse qui vient de faire prisonnier Napoléon III. Quant aux bonapartistes, ils s'évanouissent en tant que tel, se répartissant entre monarchistes et républicains modérés. L'exil de la famille impériale a achevé le régime.

L'extrême-gauche française, elle, est composée d'anarchistes, de socialistes utopistes, de communistes naissants et d'héritiers des idées de "la Montagne" de Robespierre et des idées de Gracchus Babeuf. En ce 4 septembre 1870 elle réclame comme en 1848 la mise en place d'une véritable république sociale, populaire, égalitariste. Elle rêve d'une république capable d'offrir à chaque citoyen du pain, un logement et un travail. 

La guerre va ainsi unir des courants divergents. 

En effet, monarchistes et républicains modérés acceptent après quelques mois de combats l'idée de la paix avec les princes allemands qui occupent la moitié du pays. Les humiliations que le gouvernement allemand impose aux Français ne changeront rien. Le gouvernement français accepte que Guillaume Ier, le roi de Prusse, soit couronné à Versailles, dans la galerie des glace, le 18 janvier 1871. La paix est signé le 28 janvier. Il accepte également le 1er mars 1871 un immense défilé militaire dans Paris qui vient de subir un siège de plusieurs mois. Il est intéressant de remarquer que le "Gründerzeit", la période de fondation de l'Empire allemand (qui court de 1870 à la mort du chancelier Otto Vo Bismarck) démarre en France.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/72/A_v_Werner_-_Kaiserproklamation_am_18_Januar_1871_%283._Fassung_1885%29.jpg/800px-A_v_Werner_-_Kaiserproklamation_am_18_Januar_1871_%283._Fassung_1885%29.jpg Le couronnement de Guillaume Ier à Versailles, le 28 janvier 1871.

Les premières élections de 1871 amènent une scission entre grands centres urbains et zones rurale. Dans les grandes villes, et particulièrement à gauche, on a voté pour les représentants du monde ouvrier, pour la gauche, et donc pour la poursuite de la guerre. On en croit en un nouveau Valmy, on refuse de voir perdues l'Alsace et la Lorraine. Dans les campagnes, on a voté pour les noms connus, les notables, et pour la paix. 

Le 18 mars 1871, quand le général Trochu qui commande la défense nationale veut récupérer les deux cent canons de Montmartre, une insurrection éclate. C'est le début de la Commune de Paris

 https://www.aupresdenosracines.com/wp-content/uploads/2020/02/Guerre-1870-combats.jpgLourd manteau bleu et pantalon garance, la silhouette du fantassin français n'évoluera que très peu jusqu'à la Première Guerre mondiale. 

Ressources Commune de Paris :

Le gouvernement installé à Versailles est donc un gouvernement très conservateur, en opposition totale avec les élus qui forment le gouvernement insurrectionnel de la Commune. La répression est sanglante et se poursuivra pendant plusieurs années. On estime que la "semaine sanglante" (du 21 au 28 mai 1871), qui ramène les troupes du général Trochu dans Paris fera plus de 20 000 morts, 10 000 personnes sont déportés, majoritairement en Nouvelle-Calédonie, comme Louise Michel et de nombreux communards fuient la France. 

Les premières années de la République sont donc placées sous le signe d'un retour de l'ordre moral et du conservatisme. Et par ailleurs, le mot République est très peu usité pour le nouveau régime. Les députés pensent majoritairement que la France doit redevenir une monarchie. De fait ce sont surtout les prises de positions en décalage avec les aspirations du temps d'Henri V, l'héritier du trône, qui empêche le retour d'une monarchie que la majorité réclamait (querelle autour du drapeau blanc, vexation des Orléans). Pour Adolphe Thiers, la monarchie est devenue "impossible" dès 1873. Il faut quand même attendre les lois constitutionnelles de 1875 pour que la loi, en énonçant que « Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans ; il est rééligible. » Mais c'est le maréchal de Mac-Mahon, un monarchiste, qui est élu. Il avait accepté l'idée dès son élection de démissionner en cas d'accord des monarchistes. 
 
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/86/Macmahon.jpg/170px-Macmahon.jpg Le Maréchal de Mac-Mahon

Mais les élections suivantes amènent toujours plus de députés de gauche, républicains, à la chambre. Après plusieurs tentatives de blocages institutionnels il se résout à la cohabitation, il accepte ainsi les gouvernements de Jules Dufaure, puis de Jules Simon, farouches républicains membre du "bloc des gauches".

Le 30 janvier 1879, n'ayant plus aucun soutien dans l'Assemblée il donne sa démission, répondant ainsi aux mots de Léon Gambetta : « Monsieur le Président n'a plus le choix, il lui faut se soumettre ou se démettre. »
 
La République qui s'affirme à partir de 1879 est un régime stable et sûr de lui. La majorité des députés est maintenant républicaine. Le nouveau régime n'hésite plus à emprunter aux idées de la Révolution française et au programme des communards. 
 
En 1880 les communards sont d'ailleurs graciés. Ainsi, Jules Valès, philosophe et rédacteur en chef du Cri du Peuple regagne la France d'où il republie le Cri du peuple, journal libertaire et féministe réalisé avec la militante Séverine, une figure de l'intelligentsia parisienne et de la Bohème. 
 
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/eb/Louis_welden_hawkins%2C_s%C3%A9verine%2C_1895_ca._02.JPG/800px-Louis_welden_hawkins%2C_s%C3%A9verine%2C_1895_ca._02.JPGSéverine par Louis Welden Hawkins.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/10/CarolineRemy-Renoir.jpgSéverine par Renoir.
 
Quelques catch phrases de Jules Vallès: "Ce qu'ils appellent mon talent, c'est juste de la conviction!"
"Cela n'a de réalité, l'enfance, cela ne prend de sens qu'après coup. Ce n'est d'ailleurs qu'un mot d'homme faire : une pensée, une préoccupation d'un autre âge. On n'a jamais l'âge de son enfance. Elle vient trop tôt, et nous trop tard. Irréparablement."
"Familles, je vous hais!"
"Il ne faut pas être plus prisonnier de ses ennemis que de de ses amis."
"La mort n'est pas une excuse!"

Toujours de beaux succès sur les sites de citations
 
Le bloc des gauches au pouvoir met en avant les libertés fondamentales et individuelles et remet au centre les valeurs de 1789. Quelques lois emblématiques : la scolarité gratuite, laïque, et obligatoire pour tous les enfants, filles comme garçon par les lois scolaires de 1881 et 1882
 

Les lois Ferry (pour Jules Ferry) sont deux lois d'organisation de l'école primaire en France votées en 1881-1882. Elles rendent l'école (l'instruction primaire) : gratuite et obligatoire (loi du 16 juin 1881 ) et laïque (loi du 28 mars 1882 ).

Se met en place tout le vocabulaire architectural et symbolique de la République française, vocabulaire mis en évidence par l'historien Pierre Nora dans "Les lieux de mémoire". La devise "Liberté - Egalité - Fraternité" devient systématique sur les bâtiments publics. Dans Paris les monument de la place de la Nation (sculpteur Jules Dalou, monument inauguré le 14 juillet 1880) et de la République (par Léopold Maurice, inauguré en 1883) sont créés. Les réjouissances nationales du 14 juillet sont systématisées après 1879. Le 24 mai 1885 l'enterrement de Victor Hugo transforme les funérailles de l'écrivain en démonstration de force pacifique des républicains devenus majoritaires en France.


https://resize-parismatch.lanmedia.fr/img/var/news/storage/images/paris-match/people/spectacles/zahia-pose-en-marianne-devetue-pour-pierre-et-gilles-871007/9220541-1-fre-FR/Zahia-pose-en-Marianne-devetue-pour-Pierre-et-Gilles.jpg 

Quelle figure emblématique est ici représentée par les plasticiens Pierre et Gilles? Quels sont les symboles républicains visibles ici et à quoi font-ils référence?

Cette république bourgeoise, rencontre des oppositions : à droite, l’Église catholique s'oppose à sa politique laïque, l’antisémitisme et le rejet des étrangers n'épargne pas la France, une crise le montre : l’affaire Dreyfus, qui exacerbe xénophobie, antisémitisme et nationalisme. Et à gauche, colonialisme et accointance avec les élites capitalistes renforcent la rupture avec socialistes, anarchistes et communistes. 


https://download.vikidia.org/vikidia/fr/images/thumb/a/a3/Claude_Monet_f%C3%AAte_nationale_rue_Saint_Denis_.jpg/200px-Claude_Monet_f%C3%AAte_nationale_rue_Saint_Denis_.jpg La rue Saint-Denis aux drapeaux, Claude Monet, 30 juin 1878
 
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/e3/%C3%89douard_Manet%2C_The_Rue_Mosnier_with_Flags%2C_1878.jpg/260px-%C3%89douard_Manet%2C_The_Rue_Mosnier_with_Flags%2C_1878.jpg La rue Mosnier aux drapeaux (actuellement rue de Berne, métro Rome, dans le 8e arrondissement), peint le 30 juin 1878.

 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b6/Monet-montorgueil.JPG/260px-Monet-montorgueil.JPG La rue Montorgueil aux drapeaux, Claude Monet, 30 juin 1878.
 
L'émancipation des femmes reste incomplète : le refus de donner aux femmes le droit de vote est réaffirmé en 1881, 1884, 1914 par les députés. 
 

Néanmoins la période est marquée incontestablement par la pérennisation et par l'enracinement de la République. 

Pérennisation car malgré les crises la République ne sera remise en cause qu'en 1940, et encore, si l'on s'appuie sur l'expérience de la France Libre, même pas.

Les crises : 
- Le boulangisme entre 1886 et 1889, marqué par l'émergence du Général Boulanger et qui s'enracine dans divers scandales et affaires, celle des décorations qui amène la démission du président de la République, Jules Grévy, en 1887, mais aussi l'affaire Guillaume Schnaebelé qui entraîne de fortes tensions avec l'Allemagne la même année,
- Le scandale politico-financier de Panama en 1892,
- L'affaire Thalamas en 1908
- L'affaire Dreyfus de 1894 à 1906,
- Les discussions et manifestations autour de la loi de séparation de l'Église et de l'État et le scandale des fiches en 1904-1905.
 
L'opposition à la République est également le fait de mouvements issus de 
la gauche radicale. Anarchistes, communistes, socialistes révolutionnaires
à suivre : affaire Dreyfus, colonisation, industrialisation de la France, exposition universelle.