SYNTHESE ET QUESTIONS RESSOURCES RISQUES SECONDE

Vous l'avez vu, chaque espace recèle ses forces et ses faiblesses. Ses forces, ce sont ses ressources : par exemple, des précipitations suffisantes et bien étalées dans l'année pour permettre une agriculture productive.
Ainsi le régime climatique tempéré (aux précipitations bien étalées dans leur temporalité annuelle) du continent européen est l'une des forces de ce continent. Si notre continent européen, de taille assez réduite (10,18 millions km², contre 30,37 millions km² pour l'Afrique et 44,58 millions km² pour l'Asie) est autosuffisant en termes d'alimentation c'est entre autres choses grâce à ses étés ni trop chauds ni trop secs et à ses hivers courts aux températures d'un froid limité (rarement en dessous de -5 degrés Celsius). Par ailleurs les pluies de printemps et d'automne permettent de remplir chaque année les nappes phréatiques (nappes d'eau souterraines) locales et de constituer de bonnes réserves.

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Un paysage de plaine céréalière (en "openfield" ou "champs ouverts", c'est-à-dire sans haie) en Beauce dans le pays chartrain (près de Chartres en Eure-et-Loire, en France métropolitaine, au Sud-Ouest de Paris).

Et également, les ressources d'un continent peuvent être minérales (des minerais convoités comme l'or, l'uranium ou le cobalt) mais aussi végétales (les essences d'arbres rares de Madagascar par exemple comme le "bois de rose" ou palissandre utilisé en marqueterie) ou autres. Une ressource est un élément exploitable, quel qu’il soit, et c'est le cas du "bois de rose".

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Ci dessus, un fût dalbergia (ou "bois de rose") vient d'être abattu, il est aussi appelé "bois qui saigne" par les Malgaches, son bois foncé sera utilisé en marqueterie sous le nom de palissandre (ci-dessous) en Europe, en Amérique et en Asie.
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Détail de corniche d'une armoire vitrée du XIXe siècle en marqueterie de palissandre (ou bois de rose).

Dans la mesure où un meuble en marqueterie de palissandre ancien peut être vendu jusqu'à 20 000 euros, le trafic du palissandre fait rage. De véritables expéditions en forêt sont mises sur pied par des contrebandiers qui se rendent, sans autorisation, dans les forêts malgaches (et jusqu'au cœur des réserves naturelles du pays) pour couper les dalbergias (nom scientifiques des arbres qui donnent le bois de rose ou palissandre) et les vendre à prix d'or 100 euros ou plus les fûts (ou troncs) de deux mètres juqu'à 1000 euros les grands arbres. Deux usages du bois sont alors possibles : la réparation de meubles anciens (où ils deviennent indétectables car vieillis artificiellement), mais aussi la fabrication de meubles nouveaux, les consommateurs vérifiant rarement l'origine du bois des meubles disponibles dans le commerce (des meubles de grande qualité souvent produits en Chine mais avec des bois d'exportation illégaux).

Les sociétés face aux risques : Madagascar.

Le risque, si l'on laisse libre cours au trafic du bois à Madagascar c'est la disparition pur et simple du bois de rose à Madagascar, et donc la disparition d'une ressource valorisable économiquement mais aussi la fragilisation de l'écosystème local. En effet, les dalbergias (nom scientifique des arbres à bois de rose) abritent oiseaux et lémuriens, comme les maki. De nombreuses espèces endémiques (ne vivant qu'à Madagascar) se nourrissent de leurs graines.

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Par ailleurs pour atteindre les dalbergias les trafiquants abattent souvent des pans entiers des futaies malgaches et chassent sur zone la faune pour se nourrir, détruisant les populations animaux de la forêt. De plus, dans ses tranchées et coupes ouvertes, l'eau des tempêtes et orages tropicaux ruisselle et participe à raviner puis à cuirasser les sols. Un phénomène podologique (lié au sol) qui empêche la repousse de la forêt.

Souvent, d'ailleurs, des paysans profitent des coupes sauvages pour créer de nouveaux champs dans les zones ouvertes. Ils constituent alors des fronts pionniers agricoles.
Ce processus entraîne alors un phénomène de déforestation durable.

On le voit, les ressources majeures des forêts tropicales malgaches sont sous pression: et des tensions éclatent alors entre protecteurs de la forêt, souvent partisans d'une gestion durable et trafiquants et paysans, qui voient dans la déforestation un moyen rapide d'augmenter leurs revenus (dans un pays ou le salaire moyen est de 33$ par mois soit 30 euros) même s'il détruisent à terme la ressource convoitée. Par ailleurs, pour le moment, le tourisme et les autres activités locales ne permettent pas de compenser ou de concurrencer les revenus du bois à Madagascar. Les ressources naturelles continuent donc d'être sous pression.

EXPLOITATION : Un article du journal quotidien Le Monde en 2015

1. Le document :

Bolabola, le bois qui saigne

LE MONDE | 24.01.2015 à 11h24 • Mis à jour le 26.01.2015 à 10h19 | Par Laurence Caramel (envoyée spéciale à Madagascar et Xianyou ( Chine)) source originale : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/04/22/bolabola-le-bois-qui-saigne_4562855_3244.html

Photographie 1 / à l'entrée du village d'Antanandavehely, une femme qui travaille pour le compte des "barons" du bois de rose procède à la pesée des troncs qui seront ensuite acheminés vers la côte.

A l'entrée du village d'Antanandavehely, une femme qui travaille pour le compte des "barons" du bois de rose procède à la pesée des troncs qui seront ensuite acheminés vers la côte.MICHAEL ZUMSTEIN / AGENCE VU/POUR LE MONDE

Une journée de pillage ordinaire s’achève à Antanandavehely, paisible village accroché au flanc oriental de la péninsule de Masoala, la plus grande aire naturelle protégée de Madagascar, dans le nord-est de la grande île de l’océan Indien. La nuit tombe en contrebas sur le fleuve encore écrasé de soleil et les derniers radeaux chargés de bois de rose se pressent sur les berges assoupies. Elles n’attendent que le retour des hommes pour retrouver une atmosphère de fête, les effluves de bière, les jeux de dés et le rire des prostituées.

Au milieu des troncs aux reflets rouge sang et des visages sombres aux traits tirés par la fatigue, Blandine contrôle la pesée sur une antique balance. Sac à main rempli de billets sous le bras, la jeune femme, parée de bijoux et d’une petite robe noire, est l’intermédiaire des « barons » de la côte. Elle offre cent euros pour un rondin de deux mètres et de 120 kg en moyenne. Une fortune dans ce pays de misère.

Le bois de rose, outre l’étrange couleur et la senteur florale qui lui donnent son nom, possède une texture d’une pureté et d’une densité qui en font l’un des bois précieux et les plus convoités par la Chine, où les rêves des nouveaux riches n’ont pas de prix. À Shanghaï ou à Pékin, débourser quelques centaines de milliers de dollars pour dormir dans la réplique d’un lit des empereurs Ming ou Qing n’a rien d’incongru. C’est même devenu depuis quelques années une fantaisie très prisée.

À ce tarif, à Madagascar comme en Chine, les volontaires ne manquent pas pour piller les forêts classées au patrimoine mondial de l’Unesco et acheminer les rondins par containers entiers jusqu’aux portes de la deuxième économie mondiale, en empruntant les circuits bien huilés de la corruption.

Des ruelles misérables d’Antanandavehely à la prospère Xianyou, une ville nouvelle d’un million d’habitants de la province méridionale de Fujian, nous avons suivi l’une de ces routes dont les escales passent par l’île de Zanzibar (Tanzanie), le port de Mombasa au Kenya et Hongkong. Il en existe d’autres mais celle-ci est probablement l’une des plus importantes de ce réseau de destruction organisée, dont les ramifications plongent dans les plus hautes sphères de l’administration et du pouvoir politique malgache. À Madagascar, personne n’ignore l’existence de la « bolabolacratie » : elle désigne cette caste de trafiquants du bolabola – le bois de rose en malgache – qui possède le pouvoir et l’argent. Ex-ministres, députés, hauts fonctionnaires, entrepreneurs… Ils sont souvent issus de vieilles familles chinoises installées au XXe siècle pour la construction du chemin de fer. Le nom de la plupart d’entre eux est connu. Les journalistes, au risque d’être emprisonnés comme deux d’entre eux en ont fait l’expérience en juillet 2014, dénoncent leurs méfaits depuis plusieurs années. Mais aucun baron n’a jamais été inquiété.

« On attend toujours les arrestations »

En février 2014, à peine élu, le nouveau chef de l’Etat, Hery Rajaonarimampianina, avait promis de « diriger personnellement le combat contre le trafic de bois de rose ». Sa déclaration est restée sans effets. Le premier ministre sortant, Omer Beriziky, avait pourtant pris soin, en quittant son poste, de lui transmettre une liste – publiée depuis par la Tribune de Madagascar – de quelques trafiquants notoires en l’enjoignant d’user de la légitimité de son nouveau pouvoir, pour engager des poursuites. « On attend toujours les arrestations », constate Andry Andriamanga, coordinateur de l’Alliance Voahary Gasy, qui regroupe des ONG environnementales. Que valent les engagements de celui qui fut pendant cinq ans, de 2009 à 2013, le ministre des finances d’Andry Rajoelina, parvenu à la tête du pays après un coup d’Etat ? C’est pendant cette période dite « de transition » que la contrebande a explosé.

La nomination au poste de ministre de l’environnement d’Anthelme Ramparany, proche d’un des principaux opérateurs « historiques » du bois de rose, le député Jean-Pierre Laisoa, propriétaire de la bien nommée société « Belrose », a ajouté aux doutes. Le ministre n’aura pas eu le temps de faire mentir les rumeurs. Le gouvernement a été démissionné le 12 janvier.

À plus de 900 kilomètres de la capitale Antananarivo, loin des révolutions de palais, les trafiquants installés dans le parc de Masoala ne craignent rien. Dans sa petite case familiale qui fait aussi office de bureau, Eric Mbita, le chef de la communauté d’Antanandavehely, avoue sans se faire prier qu’à côté du riz, de la vanille, des girofles et du café, ses semblables vivent surtout de « la chose [les troncs coupés du bois de rose] qu’on ne devrait pas voir au soleil. » En cinq ans, la population du village est passée de 1 200 à 1 800 âmes, grâce à l’afflux de migrants venus de la côte vendre leurs services aux commanditaires du trafic, monter un petit commerce alimentaire ou des bazars remplis de produits « made in China ». « Quand les hommes reviennent du parc, ils ont besoin d’un lit et d’un repas », explique ce père de quatre enfants dont le temps se partage entre son travail de catéchiste et la petite épicerie

qu’il a ouverte avec son frère. 

Photographie 2 / Sur une rive de la rivière Iagnobé près du village d'Antanandavehely, des hommes cachent dans le sable des troncs de bois de rose coupés illégalement dans le parc national de Masoala.

Sur une rive de la rivière Iagnobé près du village d'Antanandavehely, des hommes cachent dans le sable des troncs de bois de rose coupés illégalement dans le parc national de Masoala. MICHAEL ZUMSTEIN / AGENCE VU POUR LE MONDE

Le village est situé à un endroit stratégique. Au bord de la rivière Iagnobe, qui prend sa source en amont dans les terres granitiques du Masoala, il permet de contrôler le bois qui est évacué sur des radeaux bricolés avec de grosses chambres à air de camion. Aucune grume ne franchit ce verrou avant d’y avoir été débarquée, pesée voire stockée pendant de longues semaines, dans des cavités creusées dans la terre puis refermées pour les soustraire aux regards indiscrets. Il faut ensuite cinq heures de pirogue pour rejoindre l’océan. Jean-Denis, un grand costaud d’une vingtaine d’années, veille sur le butin : « La nuit, je ne dors pas et j’ai un pistolet pour les voleurs », plastronne-t-il en montrant sa hutte confectionnée de grandes feuilles sombres de l’arbre du voyageur, où il vit avec sa fiancée. Il reçoit pour sa peine 25 000 ariary par jour (environ 8 euros), près de trois fois plus que ce que gagne un travailleur agricole. Pour tirer le bois du lieu de coupe jusqu’à la rivière, c’est 15 000 ariary la journée ; conduire à bon port les grumes arrimées au radeau sans qu’elles ne se brisent dans les rapides, 40 000 ariary par pièce… À chaque tâche son salaire.

Les forçats du trafic de bois de rose ne deviennent jamais riches. Juste un peu moins pauvres. Même l’instituteur, avec son maillot de foot de Chelsea et son sifflet autour du cou, va faire un tour dans le parc quand il n’a pas classe. Les 700 000 ariary et les quatre sacs de riz qu’il reçoit comme traitement annuel pour s’occuper d’une centaine d’enfants y sont bien plus vite gagnés. « Avec l’argent du bois, nous achetons des vêtements, des tôles, des zébus et tout ce dont nous avons besoin. Sans lui, nous ne pourrions pas », se justifie-t-il devant un café et une purée d’igname. Environ 100 000 personnes vivent autour de l’aire protégée que l’Unesco a déclarée en péril dès 2010. Le trafic du bolabola est devenu leur principale source de revenus. Même s’il faut pénétrer toujours plus loin à l’intérieur du sanctuaire.

« Les grands arbres ont disparu »

La ruée vers les précieux troncs au cœur de sang ne laisse pas derrière elle des images de forêts dévastées, comme en provoque l’avancée des plantations de palmiers à huile en Asie ou, ici, celle du tavi – la culture sur brûlis – pratiquée sur les versants pour gagner des terres arables devenues trop rares. Elle s’insinue dans les profondeurs de la forêt, prélevant quelques pieds – un ou deux à l’hectare – visibles des seuls yeux experts.

Mais petit à petit, elle sape l’équilibre de ces forêts humides dont il n’existe pas d’équivalent dans la ceinture tropicale. « Pour sortir un arbre, il faut couper ceux qui sont autour avec leurs cortèges de lianes et autres plantes inféodées, tracer une route jusqu’à la rivière. Dans un second temps, ces sentiers ouvrent la voie à d’autres trafics. Comme celui des pierres précieuses dont le sous-sol de Madagascar est si généreux », explique Aro Vonjy Ramarosandratana, le chef du département de botanique de la Faculté des sciences d’Antananarivo. Cet universitaire est également responsable de l’autorité scientifique de la Cites, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. À partir d’images satellites et de missions de terrain financées par la coopération norvégienne, ses équipes ont réalisé un inventaire dans huit sites sensibles.

Pour des raisons de sécurité, Masoala n’a pu être visité. Le verdict est sans équivoque : « En dehors des parcs, il n’existe plus de grands arbres capables de donner des graines et donc de se reproduire. À l’intérieur, il ne reste que des troncs d’une vingtaine de centimètres de diamètre. Pour atteindre cette taille, il faut quarante à cinquante ans. Tous les grands arbres ont disparu », déplore M. Ramarosandratana. En mars 2013, son travail a servi de référence pour le classement des 48 espèces connues de dalbergia de Madagascar auxquelles appartiennent les bois de rose. Les ébènes également convoitées par les trafiquants ont aussi été classées parmi les espèces protégées. Depuis cette date, le commerce des bois précieux, déjà interdit par la loi malgache, se double d’un embargo international. Celui-ci ne pourra être levé que lorsque le gouvernement aura présenté un plan d’action jugé crédible par les 180 pays signataires de la convention. En août 2014, en dépit des demandes insistantes des autorités malgaches, l’embargo a été prolongé d’un an.

Sur le port d’Antalaha, petite ville proche du parc réputée pour être la capitale mondiale de la vanille mais aussi fief des opérateurs historiques du bois de rose, 300 troncs saisis sèchent au soleil sous les fenêtres des douanes. Un peu plus loin, dans la cour de l’Office régional de l’environnement et des forêts, le butin se compte en milliers de grumes. En 2011, après la publication d’un rapport accablant réalisé par les ONG anglo-saxonnes Environmental Investigation Agency (EIA) et Global Witness, le gouvernement, sous la pression internationale, avait adopté une ordonnance menaçant de peines de deux à cinq ans de prison et de lourdes amendes tous ceux qui prendraient part à l’exploitation et à l’exportation des bois précieux. De vastes opérations de saisie ont été organisées mais, au final, l’ordonnance n’a jamais été appliquée. Selon des chiffres officieux, impossibles à vérifier, 350 000 rondins auraient été mis sous séquestre dans les bâtiments officiels, les locaux des opérateurs et parfois en pleine forêt faute de pouvoir être déplacés. Depuis, une partie de ces stocks a été volée, une autre a été vendue avec la complicité des autorités douanières avant d’être souvent remplacée plusieurs fois par du bois fraîchement coupé.

Photographie 3 / Une fois coupé, le bois de rose est évacué du parc de Masoala sur des radeaux fabriqués avec des chambres à air de camion Une fois coupé, le bois de rose est évacué du parc de Masoala sur des radeaux fabriqués avec des chambres à air de camionMICHAEL ZUMSTEIN / AGENCE VU POUR LE MONDE'

Pour sortir de cet imbroglio au cœur du système de blanchiment du bois illégal, la Banque mondiale, qui essaie, jusqu’à présent sans succès, de faire pression sur les autorités malgaches, a appelé à la rescousse des consultants internationaux. Plusieurs études ont été commandées pour ouvrir la voie à un audit des stocks à l’échelle de l’île, démêler l’écheveau des lois, décrets, ordonnances contradictoires qui se sont empilés depuis dix ans, et suggérer des solutions – destruction, mise aux enchères… –, pour se débarrasser de cet encombrant trésor. Attendues en juillet 2014, elles n’ont toujours pas été publiées. En attendant, le bois continue de prendre la mer.

Complicités haut placées

De Cap Est, surnommé « Port Bolabola », Emmanuel Ralaïmampianina assiste, aux premières loges, au va-et-vient des bateaux qui embarquent le bois vers la Chine. Le bureau du chef de secteur du Madagascar National Parks se trouve à un jet de pierre de la plage sur laquelle les contrebandiers s’activent de jour comme de nuit. « Je ne peux rien faire », admet le jeune homme dans son uniforme orné d’un écusson en forme de lémurien. Sans téléphone et sans véhicule pour se déplacer, qui ne se sentirait impuissant ? Chaque mois, avec ses quatre agents, il inspecte méticuleusement « 80 carrés de 500 mètres de côté ». « Nous n’avons même pas le pouvoir de verbaliser les criminels », se désole le fonctionnaire.

Leurs habitudes n’ont pourtant pas de secrets. De Cap Est à Cap Masoala, le long de cette côte sauvage d’une centaine de kilomètres, régulièrement balayée par les cyclones, il existe cinq points d’embarquement correspondant à des voies de passage dans la barrière de corail. « Le plus important est Ifaho », précise-t-il. De là, des boutres approvisionnent des cargos étrangers stationnés au large.

L’essentiel du bois quittant clandestinement Madagascar passe désormais par cette voie. Même si les complicités bien placées permettent toujours d’opérer par les grands ports de Vohemar ou de Tamatave. En mai, les douanes de Mombasa, au Kenya, alertées par Interpol, qui a fait de Madagascar un de ses pays cibles pour démanteler la criminalité environnementale, ont saisi treize containers contenant 420 tonnes de bois sur le Kota Hapas. Le cargo battant pavillon singapourien avait pour destination finale Hongkong. Il avait transité par l’île de Zanzibar après avoir quitté le port de Tamatave dûment muni de papiers signés par le directeur régional de l’environnement et des forêts. Sur la ligne « nature des produits » du document valant certificat d’origine – consulté par Le Monde – ne figurait que la simple mention « BOIS ». La valeur du butin saisi a été estimée à près de 13 millions de dollars (11 millions d’euros).

Zanzibar et Hongkong ont un point en commun : leurs gouvernements n’ont pas transposé les règlements de la Cites qui exigent pour le bois de rose, comme pour toute espèce protégée inscrite à l’annexe 2 de la convention, que les importateurs produisent leur permis de commerce. Pas de règlements, pas de permis. Les trafiquants sont de fins connaisseurs des failles juridiques des États. La région administrative de Hongkong présente d’autres avantages à leurs yeux. Outre que les droits de douanes y sont minimes, y faire enregistrer sa société relève d’un jeu d’enfant. Quoi de plus simple alors pour brouiller les pistes que de posséder de multiples adresses dans ces immeubles « boîtes aux lettres » dont l’ancienne colonie britannique s’est fait une spécialité. Mais pour trouver le véritable business du bois de rose, c’est derrière la frontière qu’il faut aller.

Engouement des Chinois aisés

Sur le toit d’un improbable édifice, copie bling-bling de la Cité interdite plantée en plein cœur du nouveau quartier du bois de Xianyou, l’hôtesse, tailleur court et talons hauts, fait visiter la piscine, le practice de golf et la salle de gym climatisée du maître des lieux. Rien ne semble trop beau pour Huang Fuhua, le directeur général de Sanfu Classical Furniture Craft. Cette entreprise de 3 000 salariés est la plus importante de cette ville sortie de terre au milieu des rizières et des forêts en une quinzaine d’années et dont toute la prospérité repose sur l’engouement des Chinois aisés pour les meubles en bois précieux.

M. Huang, fier d’être le descendant d’une famille d’ébénistes sur cinq générations, est le président de l’Association de la province de Fujian pour les meubles traditionnels. Cela explique aussi qu’il soit le seul entrepreneur privé à avoir pu installer son showroom et ses bureaux dans ce palais qui sert avant tout de vitrine au gouvernement local. Des autorités qui apportent un fervent soutien à l’industrie du bois à coups de prêts bonifiés et de rabais fiscaux. En 2013, le chiffre d’affaires des 4 000 usines et boutiques de meubles de Xianyou, où sont employées 160 000 personnes, s’est élevé à 30 milliards de yuans (4,2 milliards d’euros), faisant de Xianyou le premier centre de fabrication de meubles traditionnels en Chine.

« Notre bois vient d’Inde, du Vietnam, du Laos, de plusieurs pays d’Afrique et de Madagascar. Nous n’avons aucun problème d’approvisionnement », assure M. Huang, au fait des restrictions de commerce qui frappent la quasi-totalité des espèces de bois de rose dans le monde. C’est la première fois qu’il accueille des étrangers – nous nous sommes fait passer pour les représentants d’une chaîne d’hôtellerie occidentale. M. Huang n’achète pas directement et préfère, dans chacun de ces pays, traiter avec des « agents ».

Photographie 4 / Au milieu d’un mobilier finement travaillé, le clou de l’exposition, un lit en bois de rose devant lequel l’homme affable ne rechigne pas à se faire photographier.

Dans son magasin, Li Sheng Peng, directeur de Yimu Xian Ju, montre un lit fabriqué en bois de rose de Madagascar.MICHAEL ZUMSTEIN / AGENCE VU POUR LE MONDE'

Au milieu d’un mobilier finement travaillé, le clou de l’exposition, devant lequel l’homme affable ne rechigne pas à se faire photographier, est un grand panneau sculpté en bois sombre de… Madagascar. « Nous l’avons récemment prêté pour un dîner de charité avec Bill Gates et Warren Buffet à Pékin », précise-t-il avec orgueil. Pour l’acquérir, il faudrait débourser près de 700 000 euros. La famille Huang possède deux usines à la périphérie de Xianyou. La première est consacrée au bois de rose du Laos. La seconde à celui d’Inde et de Madagascar. Les essences de la Grande Ile sont loin de représenter les volumes les plus importants pour l’entrepreneur. Mais au milieu des stocks de bois précieux prêts à être débités, les grumes aux extrémités taillées comme des glands sont bien là. Cette forme dont les bûcherons tirent des plaisanteries grivoises permet de tirer les rondins jusqu’à la rivière. Impossible de se tromper. Dans l’usine, accompagnés de la responsable des relations extérieures qui conduit la visite, nous les reconnaissons ainsi.

Un peu plus loin, des femmes assemblent des armoires où se mêlent les essences claires du Mékong aux tons grenat des arbres de Masoala. Dans l’atmosphère humide et poussiéreuse brassée par des ventilateurs, des ouvriers, le dos courbé, sculptent leur planche de bois. Les plus habiles, affectés à la fabrication des pièces requérant des années de travail, sont gratifiés de l’air conditionné.

Photographie 5 / Des ouvriers sculptent des panneaux de bois de rose dans l'un des ateliers de Sanfu Classical Craft Furniture, le principal fabricant de meubles de Xianyou. Des ouvriers sculptent des panneaux de bois de rose dans l'un des ateliers de Sanfu Classical Craft Furniture, le principal fabricant de meubles de Xianyou.MICHAEL ZUMSTEIN / AGENCE VU POUR LE MONDE

Envolée de la demande

En 2012, la Chine a officiellement importé 757 000 m3 de bois de rose, un volume multiplié par dix en dix ans pour faire face à l’envolée de la demande et à l’épuisement de ses propres ressources. Ce bois provient de plus en plus d’Afrique. Celui de Madagascar continue pourtant d’apparaître, en quantité négligeable, dans les statistiques des douanes chinoises, et aucune saisie n’a jamais été réalisée par le port de Hongkong, qui est la plus grande porte d’entrée de ce bois illégal. La Cites a rappelé à l’ordre Pékin et une circulaire exigeant le renforcement des contrôles a été envoyée à toutes les autorités douanières en mai 2013. Les importateurs ont reçu un message d’avertissement pour qu’ils n’achètent pas de bois malgache. Il n’est de toute évidence pas parvenu jusqu’à Xianyou. « Nous achetons le bois sur photo sans faire les transactions nous-mêmes. Il faut un permis pour ce bois et c’est très risqué. Pour être franc, il faut avoir les bons contacts avec les fonctionnaires des douanes », confie M. Cai, un autre fabricant de meubles, en se vantant d’en avoir 80 tonnes.

L’ami chez lequel il nous conduit, car « il possède de belles armoires », ne fait pas non plus preuve de la prudence à laquelle on pourrait s’attendre. « La plupart du bois qui arrive ici, de Madagascar ou d’ailleurs, est illégal. Mais si vous voulez un certificat, il n’y a pas de problème. Il faudra simplement payer », s’épanche Lin Yuanfu, le directeur de Fujian Hanling Classical Furniture Decoration, en tirant sur sa cigarette devant une tasse de thé. Le centre de test et de contrôle de qualité créé par la province de Fujian fournit en effet des rapports attestant – par le nom latin, Dalbergia louvelii – de l’identité du bois mais aucun de ceux que nous avons vus n’indique le nom de la concession malgache dont il provient. Et pour cause.

Xianyou l’insouciante, au ciel saturé de grues et de buildings, voit l’avenir en grand. Les voitures flottent dans ses avenues trop larges. Bientôt un Sheraton ouvrira ses portes. À 9 000 km de là, Madagascar continue de sombrer dans la pauvreté, rongée par la corruption et la cupidité d’une minorité qui a fait du pillage des ressources naturelles l’instrument de son enrichissement. Quand cela s’arrêtera-t-il ? « Ils ne pensent qu’à faire leurs saletés avec les Chinois. Que ferons-nous quand nous n’aurons plus de forêts et qu’il ne tombera plus assez de pluie pour faire pousser le riz ? », s’interroge, amer, un guide des parcs nationaux qui a subi la terreur des braconniers et qui depuis 2009 dénonce le trafic du bois de rose.


Photographie 6 / La "rue du bois" de Xianyou est une enfilade de petits entrepôts proposant des bois précieux venant d'Asie et de quelques pays d'Afrique.

La "rue du bois" de Xianyou est une enfilade de petits entrepôts proposant des bois précieux venant d'Asie et de quelques pays d'Afrique comme le Mozambique ou la Tanzanie. Le bois de rose de Madagascar n'y est pas vendu.MICHAEL ZUMSTEIN / AGENCE VU POUR LE MONDE

Les hommes qui depuis 2009 dénoncent le trafic du bois de rose – simples citoyens, scientifiques, militants écologistes, fonctionnaires, journalistes – ne baissent pas les bras. Ils se sont organisés. Grâce aux nouvelles technologies de communication, ils se sont constitués en réseau en préservant autant que possible le secret de leur identité. A Madagascar, aux États-Unis ou en France. Telle une armée de l’ombre épiant sans relâche l’ennemi. Leurs actions passent rarement inaperçues et certains barons ont peu goûté que ces « cybergreen » révèlent la localisation de leur butin grâce à l’exploitation de photos satellite.

« La chronique du bois de rose » rédigée sous le pseudonyme d’Hery Randriamalala, continue de tenir en haleine tous ceux qui espèrent encore que les choses pourraient changer. Jour après jour, alimenté par de bonnes sources, le militant consigne les « saletés » des barons, les fonctionnaires corrompus, les bateaux qui partent vers la Chine… puis les livre par colis réguliers à l’immensité de la toile numérique. « Nous avions rêvé de justice. Nous avions imaginé qu’il suffirait de les nommer, que la honte les ferait reculer. Nous avons pour l’instant échoué », reconnaît le chroniqueur anonyme, qui vit reclus dans un bout de forêt d’une indicible beauté où, bravant le danger, il puise la force de continuer.

2. Les questions :

1/ Dans quelle mesure le trafic de bois fragilise-t-il l'écosystème naturel forestier malgache? En empêchant quoi?
2/ Pourquoi les habitants de la province où se situe le parc de Masoala s'adonnent-ils à ce trafic qui fragilise la forêt?
3/ Dans quelle mesure ce trafic s'appuie-t-il sur différents processus de corruption à Madagascar mais aussi en Chine?
4/ Pourquoi ce trafic peut-il être qualifié de mondialisé?
5/ Qui se bat contre ce trafic du bois de rose et comment?




Cours Terminale L Gouverner la France depuis 1946 (Partie III) (B)

B - Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand : des présidents entre chocs et ruptures.

1- "Les années VGE"

Après le décès prématuré de Georges Pompidou, intervenu le 2 avril 1974, des élections présidentielles sont organisées en France. Le candidat favori de l'élection des 5 et 19 mai 1974 est Jacques Chaban-Delmas. Le maire de Bordeaux est un gaulliste historique. Ancien résistant il est soutenu par tous les anciens compagnons du Général De Gaulle et par les gaullistes les plus célèbres comme André Malraux. En 1963 il est dans la liste des "barons du gaullisme" pointés par le Nouvel Observateur. C'est un homme du sérail. Il a été 5 fois ministre, dont plusieurs fois premier ministre de G. Pompidou. Il est le favori de la campagne de 1974.

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Jacques Chirac en compagnie de Jacques Chaban-Delmas (à droite) au congrès de l'UDR (l'Union des Démocrates pour la 5e République, le parti gaulliste) en 1971. "Chaban" ne sait pas, alors, que Jacques Chirac aka "Chichi", le jeune loup, va le trahir.

Pourtant, c'est Valéry Giscard-d'Estaing, un jeune ex-ministre de 48 ans qui est élu.

En effet, Jacques Chaban-Delmas multiplie les erreurs pendant la campagne:
- Il se déclare candidat à peine 48 heures après la mort de G. Pomdidou, alors que l'hommage de l'Assemblée Nationale au président défunt n'est pas achevé ce qui apparaît inélégant à nombre d'observateurs. 
- Le Canard Enchaîné le brocarde et en fait "le chantre des petits arrangements fiscaux", sa feuille d'imposition est publiée, révélant alors qu'il paye moins de 20 000 francs d'impôts pour environ 250 000 francs de revenus annuels, des revenus largement défiscalisés, son frère est d'ailleurs cité dans plusieurs affaires d'évasions et d'optimisations fiscales.
- Enfin, la presse à scandales en fait à demi-mots le meurtrier de sa seconde épouse, morte en 1970, dans un accident de la route. (Sa voiture ayant heurté un platane, on accuse Jacques Chaban-Delmas, alors premier ministre, d'avoir fait saboter la voiture de sa femme pour pouvoir épouser sa jeune maîtresse sans avoir à divorcer (il épouse en effet Micheline Chavelet à peine un an plus tard). Même si la police qui a ouvert une enquête ne trouve aucun élément pour conclure au sabotage de la voiture J. Chaban-Delmas est durablement sali.

Politiquement, il apparaît comme un candidat traditionnel, n'incarnant aucune forme de rupture, voire pire, incarnant le retour à la politique austère du Général De Gaulle après des années Pompidou ouvertes à l'innovation et tournées vers la bonhommie et la modernité.

En face Valéry Giscard d'Estaing veut incarner la rupture : il est jeune, il a 48 ans, il est proeuropéen et appuie l'idée d'un parlement européen renforcé et la création d'une banque centrale européen. C'est un homme de droite mais il apparaît ouvert à la jeunesse et à ses aspirations. Il est ll'un des précurseurs du néolibéralisme en France mais arrive à faire brosser de lui un portrait d'homme attentif aux plus faibles (entre autres choses grâce à Simone Veil). Lui est favorable à la monnaie unique et à l'Europe justement pour imposer le libéralisme et la fin des industries protégées, il est opposé au protectionnisme rénovée que réclament les grands patrons français pour résister à l'émergence des économies asiatiques. Il croit à la compétitivité et à la rigueur budgétaire. Pour lui l'industrie et le commerce français doivent s'adapter. C'est un homme de chiffres, il est le plus jeune ministre des finances lorsque Georges Pompidou l'appelle au gouvernement en 1969.

De fait même s'il a été plusieurs fois députés et ministre il arrive au seuil de l'élection comme un "homme neuf" pour la presse et les Français. De fait son parcours est très proche de celui d'Emmanuel Macron. Il est vierge de toute affaire politique ou scandale important. De plus sa campagne s'inspire des innovations électorales américaines :
- Il n'hésite pas à mobiliser sa famille, ainsi sa fille Jacinte (13 ans) pose à ses côtés sur l'affiche de campagne et Anne-Aymone Giscard d'Estaing sa femme va jusqu'à coller des affiches pour lui devant la presse. Elle anime des meetings politiques, reçoit des journalistes, entretient des liens forts avec des vedettes du showbizness comme Johnny Halliday.

https://img.huffingtonpost.com/asset/5c92b8ab3b0000a6076de66f.jpeg?ops=scalefit_630_noupscale
Jacinte Giscard d'Estaing (13 ans) et Valéry Giscard d'Estaing sur l'affiche de la campagne de 1974. Il pose dehors "à la fraîche", une révolution!


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Brigitte Bardot, icône sexy des seventies, en culotte et tshirt "Giscard à la barre" en 1974. Elle ne soutenait pas encore Jean-Marie Le Pen...

La peopolisation de la campagne politique de 1974 est un tournant pour la vie politique française. Et ce virage est impulsé par Valéry Giscrd d'Estaing et son équipe de campagne : jeune, accompagnée de publicitaires célèbres.

Le tournant de l'élection a alors lieu le 13 avril 1974 quand paraît "l'appel des 43" dans la presse. Orchestré par Jacques Chirac, jeune ministre, "jeune loup" de la politique française il appelle les électeurs gaullistes à soutenir une candidature unique de rupture, et donc à soutenir Valéry Giscard-d'Estaing. Avec cet appel, signé par 43 ministres et parlementaires gaullistes il condamne la génération des "barons" entrée en politique avant 1960 voire carrément pendant la guerre 1940-1945 avec la France Libre c'est le coup de grâce. Jacques Chaban-Delmas tombe à 10% d'intention de vote dans certains sondages d'opinion.

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Le premier mai 1974, Johnny Halliday accompagné de Danièle Gilbert, présentatrice de télévision, de Chantal Goya, et du mari de celle-ci Jean-Jacques Debout viennent porter du muguet à l'équipe de VGE dans son qg de campagne.
Décidément, la France du cool roule pour "VGE", "Chaban" est cuit. 

"Giscard", comme le nomme la presse, constitue le dernier président des 30 glorieuses.

Sa présidence est marquée par une politique libérale, socialement et économiquement.
Il met fin à la tutelle du gouvernement sur la télévision publique française, à l'été (le 7 août) 1974. Et l'ORTF est démantelée.
Dans cette optique libérale on note que le démantèlement de l'ORTF (télévision publique) s'accompagne d'une réduction importante de personnel. Le 26 novembre, la maison de la radio est d'ailleurs investie par les grévistes, qui séquestrent le président de l'ORTF en cours de démantèlement Marcel Long. Les grévistes protestent contre le plan social.

La présidence de Valéry Giscard d'Estaing n'est pas exempte d'innovations sociales et économiques.
Ainsi sous sa présidence le Concorde effectue ses premiers vols commerciaux (1974). Il fait voter la loi instaurant le divorce par consentement mutuel et pour rupture de la vie commune. Simone Veil défend également la loi d'orientation en faveur des handicapés qui amène la création des COTOREP (institutions pour l'intégration des handicapés par le travail), les premières normes d'accessibilité pour les bâtiments sont créées.
Il réforme la constitution en favorisant la saisine du Conseil Constitutionnel par l'opposition. Qualifiée de "réformette" à l'époque, la saisine du Conseil Constitutionnelle par l'opposition (il suffit de l'aval de 60 députés ou 60 sénateurs pour saisir le Conseil Constitutionnel) permet à l'opposition de faire obstacle aux textes de projets de loi qu'elle juge anticonstitutionnels).

Il met en place une politique libérale socialement ouverte : sous sa présidence la majorité civile et électorale est abaissée à 18 ans. C'est sous sa présidence que Simone Veil défend et fait voter la dépénalisation de l'avortement et que le droit à la contraception se démocratise.
La censure des œuvres cinématographiques et littéraires est assouplie. En juin 1974 les Français se ruent voir au cinéma Emmanuelle, le premier film érotique à obtenir un visa d'exploitation cinématographique large en France.

L'une des affiches du film, reprise ici sur la pochette de la bande originale (par Pierre Bachelet l'homme des "corons"!) 1974. Le fait que je censure cette pochette d'album pour éviter de voir mon blog être
mis hors ligne par Google en dit long sur l'importation des normes puritaines américaines en France... #tristesse

Deux premiers ministres vont marquer son mandat : Jacques Chirac, puis Raymond Barre.
Si jacques Chirac est l'homme des réformes sociétales (divorces, avortement) et de l'ouverture, les années Barre sont celles de la "rigueur" selon son expression propre. Les 3 « plans Barre » de 1976, 1977 et 1978 cherchent à redresser progressivement les finances publiques. Mais les effets des deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 empêchent l'équilibre budgétaire et l'inflation et le chômage augmentent en France. C'est la fin des "30 glorieuses" selon l'expression de l'économiste Jean Fourastié. Dès sa mi-mandat Valéry Giscard-d'Estaing restreint l'immigration légale et freine le regroupement familial (il dénoncera d'ailleurs l'arrêt GISTI du Conseil d'état du 8 décembre 1978 qui déclare contraire au droit français l'obligation faite aux candidats à l'immigration dans le cadre du regroupement familial d'accepter de refuser de travailler en France pour ne pas entrer en concurrence avec la main d’œuvre française, l'arrêt consacre également le "droit à une vie de famille normale" et interdit toute émigration forcée d'immigrés en situation régulière il maintient également le droit au regroupement familial, même si celui-ci est plus stricte).


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Raymond Barre caricaturé par les Guignols de l'info (Raymond Barre, candidat malheureux à la présidentielle de 1988 et maire de Lyon jusqu'en 2001 reste après les années 1970 un personnage politique important, respecté, même par Jacques Chirac...)

Sa présidence marque également le retour de l'armée française en Afrique. Après une période de désengagement ou de simple présence d'éléments français des troupes françaises sont engagés dans des conflits ouverts. Ainsi des parachutistes sont envoyés en opérations contre des rebelles indépendantistes Katangais dans le Shaba (en République Démocratique du Congo, à l'époque Zaïre) en 1978 après une prise d'otages visant des européens. En 1979 c'est l'opération Caban qui est diligentée par le gouvernement français pour déposer Jean-Bedel Bokassa (devenu Bokassa Ier Empereur en 1977 et alors soutenu par le gouvernement français). Il est à noter qu'à à partir de 1973, Bokassa, très proche de Valéry Giscard-d'Estaing, lui avait offert plusieurs fois des diamants pour un montant total d'environ 100 000 francs soit 15 000 euros, mais évalué à l'époque par le Canard Enchaîné à 1 million de francs. C'est l'affaire "des diamants de Bokassa". Une évaluation farfelue qui portera préjudice à VGE et qui participera à sa défaite en 1981 contre François Mitterrand, le candidat de de la Gauche.

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Un concorde se pose au Japon.
Quand à 11h21 il passait au dessus de mon école près de Roissy je savais que j'allais bientôt aller manger chez pépé et mémé... :)

QUESTIONS :
Classez
1) Quels changements ou innovations sociales (voire sociétales) marquent le septennat de Valéry Giscard d'Estaing?
2) Quels changements ou innovations économiques marquent le septennat de Valéry Giscard d'Estaing.
3) Citez une réforme constitutionnelle marquant le septennat de "VGE". Que change-t-elle dans les pratiques politiques de la 5e République? Que permet-elle?

Répondez à ces questions et surtout apprenez les éléments du cours...







C - Jacques Chirac : L'Homme des cohabitations D -  Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel macron : bilan possible et histoire immédiate?)

PREMIERE GEOPOLITIQUE PRESSE ET MEDIAS DANS LES DEMOCRATIES CONTEMPORAINES (PARTIE II)



























En 1925, Herbert Hoover, candidat à l'élection présidentielle américaine, est le premier candidat à une élection mobilisant la radio pour sa propagande électorale.
Dans les années 1930 apparaissent les premiers autoradios.

En 1938, Orson Welles, jeune écrivain de science-fiction américain organise une émission de fiction dans un style réaliste où, accompagnés d'acteurs, il met en scène une attaque de martiens sur la côte Est des États-Unis en se basant sur un livre d'Herbert George Wells La guerre des mondes. Il affole alors les auditeurs de CBS dont certains descendent dans la rue paniqués. Son canular est violemment attaqué et pourfendu le lendemain dans la presse écrite, les grandes rédactions voient dans la radio un moyen d'information trop puissant et mal contrôlé, capable de manipuler les foules de les pousser au pire. (Vous trouverez dans votre manuel un dossier documentaire sur cet épisode fameux de l'histoire de la radio, répondez au questions - transmettez par mail vos réponses)

Un reportage sur le canular de Wells : https://www.youtube.com/watch?v=NC_0qXUzTx8






(en langue française)





























III - La Cinquième République de 1969 à 2020

 A - Pompidou, la continuité au gaullisme

https://photos.geni.com/p13/b2/9a/c7/3f/5344483958535070/georges_pompidou_large.jpghttps://www.herodote.net/_images/pompidou.jpg 

Deux photographies de Georges Pompidou vers 1972. Si De gaulle disait de lui qu'il était un homme "mystérieux, avec un côté balzacien" il laisse surtout aux français l'image d'un président "à la papa" à la tête d'une "France heureuse" (sortie des guerres coloniales, à l'économie florissante, au chômage faible, à l'inflation sous le seuil fatidique des dix pourcent, mais assez importante pour favoriser le crédit chez les jeunes).  

1. Présentez ces documents (dont les auteurs et les circonstances de création ont été délibérément cachées). Faites des hypothèses. S'agit-il d'images volées? Pourquoi?
Qui a pu les prendre? Quel est le but de ces portraits?
2. Quelle image donne ces portraits du président Pompidou? Quels éléments vous permettent de dire cela? 
3. Comparez ces portraits aux portraits les plus connus du Général de Gaulle. Quelle rupture apparaît entre les deux images publiques présidentielles (De Gaulle/Pompidou)?

au

(Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale créée le 14 février 1963), il lutte contre le surpoids économique parisien par la politique des métropoles d'équilibre (ou villes nouvelles) qu'il continuera de développer après son élection (ainsi les premiers bâtiments de Cergy-Pontoise sorte de terre en 1970 alors qu'il est président) il soutient la création plus l'extension de la Mission interministérielle d'aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon (la Mission Racine). Alors que le chantier de l'aéroport de Paris-Nord (Charles De Gaulle) est sous le feu des critique et patine il soutient la création du terminal circulaire dessiné par Paul Andreu (le "camembert" dont cinq déclinaisons reliées par un train sont prévues initialement). Il conserve les préfets de régions voulus par le Général (validée en 1964) mais la décentralisation reste en suspens lors du septennat de Georges Pompidou. Il finalise la réorganisation de l'Île-de-France avec la création de nouveaux départements reprenant les codes départementaux des anciens départements d'Algérie (Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Yvelines, Essonne et Val-d'Oise). Le « plan neige » de 1965 est pourquivit (il s'agit d'aménager de grandes stations de ski dans les Alpes pour développer le ski comme sport populaire). 

 https://c2.staticflickr.com/4/3227/3016205704_42a9057cd0_b.jpgLe front de mer des Sables-d'Olonne au début des années 1970. Carte postale populaire.

1. Quelles activités de plage sont visibles? 
2. Comment s'incarne la modernité du nouveau front de mer? Comment s'intègre cette modernité à l'ancien bâti?  
3. Comment utiliser cette carte postale (de façon plurielle) pour mettre en lumière les loisirs balnéaires comme des loisirs de masse dans les années 1970? 
Le réseau routier est considérablement renforcé, on atteint les 1500 kilomètres d'autoroutes construites à la fin du mandat de Georges Pompidou (il n'y en avait que 100 kilomètres au début des années 1960). La France est également en plein essor industriel, l’indice de la production industrielle (base 100 fixée en 1959) s'établissant à 140 en 1965, puis 200 en 1974. Pour Georges Pompidou : "Sans industrie puissante, point d'emploi, point d'augmentation régulière des revenus et singulièrement des revenus les plus faibles, point de rayonnement à l'extérieur surtout si l'industrie ne fait pas preuve d'un peu plus de grâce qu'ailleurs". Le gouvernement soutient les "grands champions" et favorise les fusions d'entreprises inductrielles comme Saint-Gobain et Pont-à-Mousson (dans la fonderie technique), ou Péchiney, Ugine, Kuhlman (industrie chimique) base des grands groupes industriels français actuels.

Le , avait été lancé le premier satellite français prénommé "Astérix" puis un tous les deux ans, en moyenne, pendant le dernier mandat du Générale De Gaulle. Sous Pompidou trois satellites sont envoyés dans l'espace chaque année. Le complexe de Kourou, en Guyane, ouvert en 1968 est agrandi. Les grands plans d'aménagement sont un succès.

La stabilité financière est maintenu. Le nouveau franc crée en décembre 1958 reste stable. L'inflation est jugulée et l'industrie se développe à ce que Georges Pompidou qualifie de "bon taux français"  7,5% de croissance par an de PIB.

1. En utilisant la leçon, dites comment s'incarne la bonne santé de l'économie française de 1960 à 1974?

Portefolio 
La France des années 1970 : une France de ruptures (économiques, culturelles, mais aussi, de style!)
https://tandresmelodies.files.wordpress.com/2015/06/3502515999.jpg
Costumes d'hommes (haut) et de femmes (bas) début années 1970https://heloiseetnais.files.wordpress.com/2014/01/1972-2-3s-0009.jpghttps://media.paperblog.fr/i/775/7759363/mode-annees-1970-L-08n2QO.jpeg  Ci-contre une page du catalogue Manufrance
https://p6.storage.canalblog.com/62/70/1330079/101677886_o.jpg 
Farrah Fawcett en jeans
https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/sites/regions_france3/files/styles/top_big/public/assets/images/2015/09/04/ds_reportage_fr3.jpg?itok=uaebL91eLa Citroën DS de l'ORTF (présente sur le Tour de France par exemple)

Un publicité pour la R5 de Renault lancée en 1972.
Pourquoi ce lapin? Pourquoi ce rouge? pourquoi cette blonde en leggings et top sans bretelle très très ajusté? Un hommage à Alice au pays des merveilles sans doute...
https://sf1.viepratique.fr/wp-content/uploads/sites/9/2015/11/okautowp.ru_renault_5_3-door_1-750x410.jpg
Le centre d'art contemporain et moderne Georges Pompidou à Paris. Architecte : Renzo Piano. Voulu par Georges Pompidou, le centre est ouvert en janvier 1977, soit après la mort du président.

https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2017/01/8741b1ca-1c10-4ab7-bd2d-805ff2ac8e35/pompidou_afp.jpg

Victor Vasarely, Vega 200, 1970  https://www.kazoart.com/blog/wp-content/uploads/2019/02/vega-200-1968.jpg

Seconde THÈME 1 - Environnement, développement, mobilité : les défis d’un monde en transition Chapitre 2 - Les sociétés humaines en transition

THÈME 1 - Environnement, développement, mobilité : les défis d’un monde en transition
Chapitre 2 - Les sociétés humaines en transition
A) Grandes notions du chapitre (cours à apprendre)


- Société : groupes d'individus entretenant des relations entre eux. On peut parler de sociétés animales pour les troupeau de moutons, les packs ou meutes de loups. Ici nous nous intéresserons aux sociétés humaines.

- La transition, c'est l'ensemble des processus (économiques, politiques et sociaux) qui sont nécessaires à une société pour passer d'un état à un autre. Et aujourd'hui, donc, de sociétés énergivores (fortement consommatrice en énergies non renouvelables comme le pétrole ou le charbon) à des sociétés moins consommatrices d'énergies fossiles, voire, moins consommatrices d’énergie tout court. C'est la transition écologique. L'étude de cette transition d'une société à l'autre prolonge l’étude du développement durable (définition issu du rapport Brundtland de l'ONU, de 1987 : "est qualifié de développement durable ou soutenable un modèle de développement qui permet à une génération de répondre à ses besoins, sans comprendre la possibilité, pour les générations suivantes, de répondre à ses besoins". 



- Nous nous intéresserons à travers des exemples variés spatialement au passage de sociétés nationales, locales, avec des économies divisées, à une grande économie humaine mondialisée. On insistera sur les grandes mutations en cours et les défis que ces mutations représentent pour les sociétés. 

- Nous nous intéresserons aussi au processus de mondialisation, dont la définition a déjà été vue. (Autrement révisez les leçons de quatrième disponibles ici sur le blog!)


Nota bene : Ici le programme nous invite à considérer très (sans doute "trop") positivement la mondialisation, par exemple en nous invitant à "prendre le monde comme espace de référence". Mais que ce soit la crise des migrants, la nouvelle guerre froide entre la Russie et les États-Unis ou encore et surtout la crise sanitaire mondiale du coronavirus, vous voyez que la mondialisation est d'une part limitée, et que d'autre part celle-ci n'est pas toujours positive pour les hommes. 

Ainsi, par exemple, par notre manque de capacité à pouvoir fabriquer des masques en France ou du matériel de réanimation ou à nous en procurer à l'étranger, la France a montré les limites de son inclusion dans la mondialisation. 
En ne se fournissant en matériel médical, qu'en Chine, en ne possédant plus d'entreprises capables de créer du matériel sur le sol national, l'économie française a montré qu'elle était devenue fragile, et plus vraiment autonome. En cas de conflit militaire ou de crise sanitaire, le danger est alors réel pour la sécurité du pays.

Du coup, soyez plus critiques que votre programme scolaire! Initialement rédigé par une équipe rassemblée autour de la personnalité de Michel Lussault, le grand géographe français de la "mondialisation rêvée" (c'est une attaque qui lui a été faite, de ne présenter que les aspects positifs de la mondialisation) il ne cesse de rappeler qu'il se sent "citoyen du monde" et que nous sommes tous les habitants du "Monde", tous uni. Guerres et crises sanitaires actuelles montrent justement l'inverse : les particularismes locaux sont encore très forts et par ailleurs en cas de crises les sociétés se referment sur elles même (cf un article dans Libération du 31 mars 2020 pointant le fait que les grandes institutions mondiales comme l'OMS ou l'ONU sont aujourd'hui soient très silencieuses, soit pas du tout écoutées, d'ailleurs, depuis 30 ans l'OMS pointe le danger sanitaire que constitue les marchés d'animaux vifs chinois sans avoir réussi à en faire fermer ou réformer un seul). En cas de crise les pays se referment sur eux-mêmes.

- Les transitions actuelles (écologiques ou sociales ou politiques) impliquent des recompositions spatiales. La recomposition en géographie : c'est l'ensemble des changements spatiaux intervenus du fait des processus dont on a parlé : la mondialisation et de la transition énergétique (qui posent des questions géographiques, où se trouvent les lieux de commandement, les usines, les grands centres producteurs, les ressources, les risques?). Ces processus entraînent des restructurations spatiales.

Par ailleurs, quelles inégalités territoriales sont liées à ces mutations? 

B) Étude de cas

Inde : les enjeux de l'accès à l'eau 

QUESTIONS : En utilisant les documents suivants répondez aux questions suivantes : 
1. Présentez les documents.
2. Cherchez le sens des mots et expressions inconnus. 
3. Quels sont les enjeux de l'accès à l'eau en Inde? Autrement dit : quels problèmes rencontrent les populations indiennes pour accéder à l'eau? (Surtout les plus pauvres)
4. Quelle est la particularité du climat indien?
5. En quoi ce climat indien (très particulier en termes de précipitations) participe-t-il à faire de l'Inde un pays de "stress hydrique"?
6. Quelles solutions à ces problèmes d'accès à l'eau sont évoquées dans les documents?

Document 1. Un puits à Samba en Inde du Nord, le 2 juin 2019, photographie par Rakesh Bakshi pour l'AFP.
L'Inde affronte une crise de l'eau sans précédent

Document 2. Localisation de Samba, dans l'état indien du Jammu-et-Cachemire, capture Google maps, 2020. 



Document 3. L'Inde manque d'eau
Le Monde, Guillaume Delacroix (Bombay , correspondance), 24 juin 2019.


Retour sur terre pour le premier ministre indien Narendra Modi. Après une campagne électorale tout feu, tout flamme, suivie d’une victoire historique aux législatives, fin mai, le premier ministre indien était sur un petit nuage. Mais à l’orée de son second mandat, il affronte une sécheresse des plus sévères, obligeant son gouvernement à se retrousser les manches plus vite que prévu.


Émeutes au Madhya Pradesh, où la police est chargée de surveiller, nuit et jour, les dernières réserves d’eau disponibles, fermeture des écoles au Karnataka, où les cantines ne peuvent plus donner à boire aux enfants, villageois du Maharashtra réduits à réutiliser leurs eaux de vaisselle pour cuisiner… La panique s’empare de l’Inde et la nouvelle ministre des finances, Nirmala Sitharaman, a été chargée de mettre les sujets traitant de l’eau et de l’agriculture en tête des annonces qui seront faites le 5 juillet, lors de la présentation du budget de la nation.

La mousson, qui assure habituellement 70 % des précipitations annuelles, accuse un retard dramatique que les experts attribuent au réchauffement de la planète. Si les premières pluies ont fini par toucher le 8 juin les côtes du Kerala, à la pointe sud du sous-continent, le cyclone Vayu qui a balayé la mer d’Arabie la semaine suivante a retardé leur traditionnelle progression vers le nord. Elles n’ont atteint Goa que jeudi 20 juin, à l’ouest, puis les Etats bordant le golfe du Bengale le lendemain, à l’est. Et elles ne devraient arroser la capitale économique du pays, Bombay, qu’à partir de lundi 24 juin au mieux, soit deux semaines plus tard que d’habitude. Et les précipitations sont minces.
« C’est le démarrage le plus tardif de ces dix dernières années », relèvent les météorologues, qui ajoutent que les averses dites de « prémousson », qui se manifestent en général dès la fin de l’hiver, accusent « un déficit pluviométrique de 44 % » par rapport à la moyenne sur une longue période. Dans ces conditions, les autorités ont recommandé aux paysans de patienter avant de se lancer dans les semis, faute de quoi les graines risquent de mourir avant de germer, et les rendements se révéler désastreux à l’automne.

L’inquiétude est grande, car si l’Inde est plus qu’autosuffisante en riz et en blé, la sécheresse va entraîner dans quelques mois un plus grand recours aux importations de légumes secs et d’huiles, et son corollaire, une hausse des prix.


En attendant, les exécutifs régionaux traitent les urgences comme ils le peuvent. Vendredi 21 juin, le Tamil Nadu, dans le Sud, a commencé à mettre en place un approvisionnement par train de sa capitale assoiffée, Chennai. Les quatre réservoirs qui alimentent d’ordinaire cette agglomération littorale de 10 millions d’habitants sont à sec. Durant six mois, des convois ferroviaires vont lui livrer chaque jour 10 000 mètres cubes d’eau en provenance de différentes rivières situées à l’intérieur des terres.


Cette crise était néanmoins prévisible, si l’on en croit NITI Aayog, un groupe d’experts qui accompagne le gouvernement dans ses choix économiques. L’agence avait souligné, en juin 2018, l’ampleur du défi qui attend un pays ne disposant que de 4 % des réserves d’eau de la planète, alors qu’il abrite 16 % de sa population. « Six cents millions d’Indiens souffrent de stress hydrique et la situation va empirer. D’ici à 2030, la demande en eau sera deux fois supérieure à l’offre, entraînant de graves pénuries pour des centaines de millions de personnes », note-t-elle. Il serait également intéressant pour l'Inde de modifier ces cultures, en les tournant vers des céréales ou des pois comestibles moins consommateurs d'eau.





Dès sa prestation de serment, le 30 mai, M. Modi a constitué un grand ministère de l’eau, en rapprochant deux portefeuilles, celui des ressources en eau et du développement des rivières, et celui de l’eau potable et de l’assainissement, par souci d’efficacité et dans le but de connecter en cinq ans tous les foyers à un réseau d’adduction. « L’Inde ne collecte que 8 % des eaux de pluie, c’est l’un des taux les plus bas au monde », fait remarquer Parameswaran Iyer, haut fonctionnaire au sein de cette nouvelle administration, alors qu’elle est le pays qui pompe le plus au monde dans les nappes souterraines, au moyen de 12 millions de puits, le plus souvent illégaux. Le problème vient également du climat indien : la majeur partie des précipitations de l'année ne tombent que lors des quelques mois de la moissons d'été. Il faudra pouvoir stocker plus d'eau, plus longtemps. 

Les solutions existent mais elles sont difficiles à appliquer : construire des logements économes en eaux (toilettes sèches) et capables de capter les eaux de ruissellement, réutiliser les eaux usées après les avoir captées et retraitées, consommer moins d'eau, juguler l'augmentation de la population, mais aussi lutter contre les puits illégaux et rénover le système de distribution d'eau souvent dégradé et plein de fuites.

Document 4. Courbe de la population indienne. 1960-2017. Source : Banque Mondiale 2017.


Document 5. La consommation (par personne et par jour) d'eau domestique pour un habitant de quatre villes d'Inde (villes accueillant les populations riches, à gauche : Pune, capitale de la high-tech dans la banlieue de Mumbai, Mumbai ou Bombay, la capitale économique de l'Inde, puis Solapur ville moyenne du centre de l'Inde, et enfin Latur, ville de taille plus réduite et plus pauvre du centre de l'Inde également), source : The Economist, 2019.




How water inequality governs drought-hit Maharashtra